Nutrition

5 fausses raisons d’arrêter le gluten

A chaque époque, ses dieux et ses diables. Le gluten n’échappe pas à la règle. Noglu, gluten free, blogueuses healthy & noglu… Normal, logique. Faut s’y mettre, quoi !

Ou pas. Pourquoi ? La prévalence de la maladie coeliaque est d’environ 1 personne sur 100 en Europe, voire sur 200 selon certaines estimations. C’est peu, non ? C’est déjà trop, me direz-vous. Mais encore…

Quesako ? Le gluten est une partie d’une protéine contenue dans certaines céréales : les céréales S-A-B-O-T : seigle, avoine, blé, orge et tritical (hydride entre le blé et le seigle). En réalité, on en trouve aussi dans l’épeautre et le kamut. Il existe donc des gluten (de blé, de seigle…).

Le problème : chez certaines personnes génétiquement prédisposées (ou dont la flore intestinale est déséquilibrée ou dont la muqueuse intestinale est trop perméable), l’organisme peut réagir contre cette fraction de protéines (infections, intolérances alimentaires, inflammations…). C’est donc la réponse au gluten, plus que le gluten lui-même, qui peut poser problème et dont les causes résultent de plusieurs facteurs.

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Donc, sans diagnostic, sans symptômes digestifs ou immunitaires, exclure systématiquement le gluten de son alimentation, relève plus d’une mode et peut même vous poser des problèmes de santé si cette éviction n’est pas bien menée.

D’où ces 5 raisons fausses raisons d’arrêter le gluten :

1/ “Parce que Djokovic a arrêté le gluten”

… Et qu’après, il a tout déchiré ! ». Ok, mais… Novak Djokovic est intolérant ! En 2010, il est pris de vertiges et de violents coups de fatigue. Il essaie de supprimer le gluten pendant 14 jours, et hop, les symptômes disparaissent. Elle est pas belle la vie ? Pour lui, assurément. A la suite, il enchaîne les victoires et publie un bouquin à succès. Tant mieux pour lui si ce changement lui a sourit. Sauf qu’il n’avait pas vraiment le choix ! Il avait la maladie coeliaque ! Logique. C’est une maladie auto-immune, une intolérance à une ou plusieurs parties du gluten. Disons que dans le fond l’intestin grêle, il y a un tapis : la muqueuse intestinale. Sur cette muqueuse, il y a plein de petits replis, les villosités. Il y en a tellement que si on dépliait cette muqueuse, elle formerait l’équivalent de deux terrains de tennis ! La maladie coeliaque va provoquer une atrophie de ces villosités, et donc, les nutriments (fer, calcium, acide folique…) seront moins bien absorbés. Et donc, des pépins de santé !

Et d’autre part, il faut également savoir que la nutrition de « Djoko », avant, c’était plutôt pain, pâtes, pizzas, pâtisseries et laitages. Des denrées pas forcément intéressantes pour l’effort. On continue ?

2/ “Parce-que manger sans gluten fait perdre du poids”

Manger sans gluten les conseils de Lucile Woodward

C’est comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique ! Clairement pas. Des marques à la caution « santé » se sont lancées dans l’élaboration de produits sans gluten. Résultat ? La composition de certains pains de mie ou de certains gâteaux dits « diététiques » m’inquiète : moins de fibres, moins de protéines et souvent plus de sucre. Ok, y’a pas de gluten, mais on a un pic de glycémie de dingue (car les fibres et les protéines sont deux facteurs qui limitent l’indice glycémique), suivie d’un pic d’insuline pour le réguler et donc, fringale et coup de fatigue, et envie de reconsommer. Pour la petite histoire, cette insuline va inhiber la triglycéride-lipase, une enzyme responsable de la lipolyse, donc du déstockage des graisses. Sans parler des risques de devenir diabétique, vous m’expliquez comment vous voulez perdre du poids avec ça ?

3/ “Parce-que le #noglu, c’est healthy”

Euh, pas nécessairement. C’est association noglu/healthy ne veut rien dire. Sauf pour les vrais intolérants comme Djoko et à fortiori pour les allergiques, qui peuvent faire une réaction extrêmement violente (rougeurs, œdème, choc anaphylactique pouvant entraîner le décès…). Donc, non, ce n’est pas forcément healthy. Si vous troquez votre pain de mie industriel contre un autre pain de mie industriel, mais avec moins de fibres et moins de protéines, aucun intérêt. Une enquête de 2016 de 60 millions de consommateurs a montré que certains produits sans gluten contenaient plus d’épaississants et plus d’émulsifiants que les mêmes produits avec gluten. Avec un prix 2 à 4 fois plus élevé !

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Pour se mettre sur la voie d’une vie plus healthy, la solution est simple, et vous la connaissez déjà si vous suivez les programmes de Lucile : une alimentation à base de produits frais, vrais, bruts et non transformés. Les produits transformés, c’est comme les fake news, si vous ne comprenez pas, n’avalez pas !

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4/ “Parce-que je me sens moins ballonnée”

Moi aussi. Je suis « sensible » au gluten. J’adore l’Italie, autant pour sa gastronomie que pour Laura Pausini (#jassume). Sauf que lorsque je pars plus de 3/4 jours en mode pasta/pizza, c’est la bérézina. Est-ce que j’ai banni le gluten et les pâtes al dente ? Nope. Je suis même devenu le « roi des pâtes », selon le surnom donné par mes amis proches. Néanmoins, il faut reconnaître qu’un bon nombre de personnes « se sentent mieux » lorsqu’elles mettent un stop au gluten. Et c’est souvent vrai. Est-ce toujours le gluten qui était la cause ? Rien n’est moins sûr, car celles-ci revoient leur alimentation de fond en comble, parfois en faisant la par belle aux légumes, aux légumineuses (et donc, des fibres qui régulent le transit), parfois pas. Par exemple, en France, c’est le pays du pain. Mais aujourd’hui, c’est pour le meilleur et pour le pire, en témoigne ce coup de gueule d’un jeune boulanger. Or, celles et ceux qui arrêtent le gluten ne consomment plus de pain. Or, une baguette de pain blanc « classique » contient plus de dix additifs, lesquels peuvent également être à l’origine de ballonnements et/ou perturber notre flore intestinale. Misez plutôt sur du pain au levain naturel. Au passage, n’hésitez pas à demander à votre boulanger si c’est au levain naturel, car ce n’est pas toujours précisé.

5/ “Parce-que ma prof de yoga s’est mise au sans gluten” 

Laissez-moi deviner… « Et elle est fine, élancée, méga-souple, le ventre plat, parle d’une digestion sans aucun accroc et lape sa tisane citron/gingembre comme du petit lait… » ? Ok, je force un peu le trait, évidemment. Là encore, c’est chouette pour elle si elle se sent mieux ainsi ! Vraiment. Mais d’une part, sachez que les yogis et yoginis (à fortiori les profs) sont naturellement moins tournés vers les excès alimentaires car ils préfèrent prolonger les bienfaits d’une séance et/ou ne pas se sentir trop lourd pour celle du lendemain. Vous ne savez rien de son terrain, de sa prédisposition génétique, de ses associations alimentaires ni de comment elle mastique les aliments… C’est comme la perte de poids ou la nutrition d’avant course : ce qui marche pour votre voisin(e) ne marchera pas nécessairement pour vous !

Pour résumer…

La prévalence de l’intolérance au gluten, dans les études épidémiologiques, varie de 0,5 à 1% de la population*. C’est peu. Et pourtant, selon les dernières données de l’INSEE, 3% d’entre vous l’auraient déjà supprimé et les ventes de produits sans gluten seraient en pleine croissance. On comprend les industriels : on balance du “sans gluten”, avec moins de fibres, de protéines et plus de sucres, et on vend ça plus cher ! Forcément, ça donne envie.

Mais sans diagnostic médical (avec un dosage d’anticorps ou des biopsies), il n’y aucune raison physiologique de s’en passer ! D’autant plus que si vous réintroduisez des produits contenant du gluten, bonjour les ballonnements ! Enfin, et surtout, plutôt que de faire une fixette sur le « sans », commencez à zoomer sur l’alimentation « avec » : avec des vitamines et minéraux, avec des glucides intelligents, avec des protéines de qualité, avec de l’énergie, avec du tonus, avec de la bonne humeur (grâce aux bonnes bactéries)…

Les conseils de Lucile Woodward sur le sans gluten

Enfin, savez-vous que de nombreuses denrées ne sont pas étiquetées « gluten free » et sont vraiment intéressantes pour la santé ? Au hasard : les fruits et légumes de saison crus ou cuits, les oléagineux (noix, noisettes, cajou, amandes…), les légumineuses (lentilles, pois cassés, haricots secs…), les graminées et pseudo-céréales (riz, quinoa, sarrasin..), tous les VPO (viandes, poissons, œufs) et autres protéines végétales comme le tofu. De quoi se composer des assiettes complètes et gourmandes !

* source : AFDIAG (Association Française Des Intolérants Au Gluten)

Les conseils de diététicien sur l'alimentation sans gluten

Merci à Charles Brumauld, spécialiste en nutrition, pour la rédaction de cet article complet.


Commentaires
  • Janet
    28 juin 2018 à 10:40

    Alleluia, merci! Il y a vraiment besoin de “remettre l’eglise au milieu du village”. La ou je vis, le sans gluten est range dans la section “healthy”, ca ne veut plus rien dire.

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  • Estelle
    22 juin 2018 à 09:08

    Merci pour cet article plein de bon sens!!
    A rajouté que de nos jours le gluten que l’on trouve dans nos pains sont souvent modifiés il suffit de regarder un boulanger un pétrir une pâte à pain réaliser avec des blés non modifiés ça n’a rien à voir !!!

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