Comment j’ai kiffé et pourquoi je ne referai pas la course de la Verticale Tour Eiffel

Lucile Woodward 26 avril 2017 , 16 h 23 min

Me voilà avec ma tisane, mes petits comprimés d’anti inflammatoires et relaxant musculaires sur la table… Entrain de contempler une énième fois les photos de ma course de la Verticale Tour Eiffel.

Avant-hier, je déjeunais au Café de L’Homme. Devant la tour majestueuse. Je ne la regarderai plus jamais comme avant. Je la vois maintenant comme une épreuve que j’ai conquise, avec fierté ; et comme une déesse qui m’a remise à ma place, avec beaucoup d’humilité.

Bouffer des escaliers

Après mon ligament croisé, ma déception d’avoir dû annuler ma participations à la course en 2016. J’ai retenté le coup. Après mon opération. Après ma rééducation. Après ma reprise presque normale de mes entraînements. La Verticale de la Tour Eiffel me voilà !

J’ai bouffé des escaliers. J’ai bouffé du cardio. Mais clairement pas assez pour cette course.

Sur la ligne de départ, le soir de la course, la plupart des participants sont des athlètes de haut niveau. Des filles qui courent le marathon en moins de 3h30. Du 10km en 40 min. Des hommes ultra affutés aux courses verticales.
Le profil des gagnants, ce sont des personnes plutôt petites de taille, très très fines. Genre les 3 meilleures femmes devaient à peine peser 50 kilos chacune. Du coup, forcément, elles ont 15 kilos de moins à monter que moi à chaque marche 😉 Pareil pour les hommes. Il sont généralement pas super grands, et vraiment pas lourds. D’ailleurs, il y avait 70% d’hommes. J’ai trouvé ça dommage !!

La pression monte

J’ai franchement adoré l’organisation. On se sent super héro, et super privilégié.
Des américaines, des britanniques, des Slovènes sont là à côté de moi. On a un sas pour s’échauffer sur des elliptiques ou des vélos. Les animateurs font monter la pression, on monte sur l’estrade comme un vrai héro, notre nom est crié à la foule, et hop on s’élance.

C’est parti ! 10 – 20 m de trottinement, dans les escaliers. Ils ne sont pas hauts. Et le premier étage passe tout seul. J’étais tellement bien à l’arrivée du premier étage !! Alors hop hop, sautillement des marches une par une, un bon rythme, hop hop, je m’engouffre vers le 2ème étage encouragée par une petite foule présente sur le parvis.

Et là c’est entre le 1er et le 2ème, que tout bascule. D’un seul coup il fait plus sombre. La cage d’escalier se rétrécit. Et mes jambes commencent à ne plus vouloir sauter. Je tente la marche deux par deux. Ça passe nickel. Je me dis que je récupère un peu de souffle et je reprends les petits sauts.

Au bord de la crise d’asthme

Mais non. Impossible. Je suis au max de mes capacités cardiaques. Je suis montée à 189 bpm. Je suis dans le rouge. C’est mort. Pénible, j’arrive à doubler la jeune britannique qui avait l’air au bord de la crise d’asthme. Je relève la tête: je suis au 2ème étage, et là je me rappelle ce que l’on me disait en bas dans le sas de départ. « La course, elle commence après le 2ème étage. » Ah bah ouais. Clairement.

Sur le parvis du 2è étage, je peine à trottiner sur le plat. Mes poumons commencent à me lâcher. Je m’engouffre dans la petite cage d’escalier entre le 2ème et le 3ème étage. J’ai encore plus de la moitié de la course à faire.

Course Verticale Tour Eiffel Lucile Woodward

Et là, c’est le drame. Impossible d’accélérer. Donc je fais comme les autres. Je monte deux par deux, et je me hisse avec les mains à l’aide des deux rampes en fer. « Ah… Mais c’est pour ça que les pros avaient des mitaines en cuir !!! Je me demandais pourquoi ils se la racontaient avec leur gant de muscu en se préparant à partir… »

Cette course c’est du mental

C’est là que je me suis blessée. C’est là que je me suis fait mal. Penchée en avant, cherchant l’air partout – c’est drôle quand on y pense! – 70% dans les jambes, 30 % dans les bras. J’y vais au mental. Je ne vais pas m’arrêter. Je ne vais pas abandonner.

Heureusement que l’on se sent en sécurité avec 1 personne de la protection civile toutes les 200 – 300 marches. Du coup on se dit qu’on a le droit de se pousser à bout car au pire on n’est pas seule. Je me fais doubler par 1, 2, 3 nanas … Dur pour le moral.

Et là en montant tu te rends compte du truc. Tu te rends compte qu’il n’y a que 100 personnes par an qui ont ta chance de faire cette course de dingue. Tu te rends compte qu’il y a une vue sublime. Mais tu la vois à peine. Tu n’as juste plus d’air. Tu comprends pas ce qu’il t’arrive. Tu es dehors, il n’y a personne autour de toi, et tu es en manque d’oxygène de fou !!!

Trop déçue !!

PLUS QUE 600 MARCHES. Putain mais qu’est-ce que c’est long 600 marches. Je m’accroche en pensant à la pancarte des 400 marches. Je pense à mon mari qui serait trop déçu si j’abandonnais. Je pense à Fred qui m’a entraînée et qui attend mon texto d’arrivée. Je pense à mon chirurgien du genou. Je pense à ma soeur pneumologue qui aurait bien pu me donner de la ventoline pour l’occasion 😉

Je commence à sentir une drôle de sensation dans la bouche, un petit goût de fer, comme de sang.

Je remarque ce panorama hallucinant de la concorde, la roue, les Champs Elysées et l’Arc de Triomphe sous mes pieds. Comme si je flottais au dessus d’eux.

300 MARCHES. Argh… c’est bon je vais y arriver, mais je vais faire un temps de merde, je suis trop mal. Je ne peux rien faire. Ni accélérer. Ni m’arrêter. Juste je tente de suivre ce semblant de rythme à l’agonie.

J’entends des sons en haut je sens que je ne suis plus très loin. Mes jambes sont au top, je pourrai y aller, je ne comprends pas. Mais mes poumons disent non. Je suis dégoûtée, j’ai l’impression qu’ils vont exploser, il faut qu’ils s’ouvrent plus…

ARRIVÉE DANS 50 MARCHES. Je me dis que je dois accélérer pour l’honneur. Mais non, y a rien qui passe.

J’arrive. En haut de la Tour Eiffel. 15’50 ». 18è sur 25… Bravo la championne en chocolat…

Course Verticale Tour Eiffel Lucile Woodward

On me tend un énorme paquet, j’en veux pas, putain. Je veux de l’air !!!!  « Mais madame c’est votre cadeau, bravo ! ». Je le prends. Je suis désolée je ne vous ai pas dit merci.

A l’arrivée Inès – ma stagiaire en or – est là. Sourire fringant. « Ouais Lucile !! » Halala, ma pauvre, si tu savais Inès, c’était horrible.
Je tousse, je tousse, je tousse. Comme si j’avais fumé 3 paquets de clope. Les autres filles pareil. Championnes, pas championnes : elles toussent, elles toussent d’une toux rauque, d’irritation. On s’est toutes mis dans le rouge, on s’est toutes fait saigner les poumons. C’était ça le goût de sang dans la bouche. L’irritation des bronches.

Au final on récupère très vite

C’était que 15 mins d’effort. J’ai les jambes au taquet, je vais mieux. On profite un peu de la vue, mais bon c’est tout noir. Et on descend au 1er étage, pour le cocktail. Huîtres, champagne… Sauf qu’en fait tous les « invités à la con, les picassiettes » ont tout mangé les huîtres, le fromage, le pain, et bu le champagne. Donc rien pour les coureurs. 1/2 coupe, et au lit Lucile Woodward !

Redescendue au stade pour reprendre mes affaires : le dîner des athlètes (soupe, concombre à la crème) a l’air tellement immonde. Je n’ose même pas regarder. J’embrasse Inès, je remonte dans ma voiture, et je rentre. Ma mini Tour Eiffel gravée en main.

Course Verticale Tour Eiffel Lucile Woodward

Pas de courbatures mais une immense fatigue

Depuis ? J’ai mal ! Mal au dos ! J’ai mis 10 jours à m’en remettre. J’ai toussé pendant 4/5 jours comme une fumeuse. J’ai ressenti une immense fatigue, un épuisement. Pas de courbatures, pas du tout. Juste une fatigue énorme.  J’ai repris la course à pied au bout d’une semaine. Mais pas trop vues mes douleurs de dos. Dans le bas du dos vers L5 – S1. 1 séance d’ostéo. 2 séances d’ostéo. Du stretch dans tous les sens … Rien n’y fait. Je suis passée au dur. Voltaren et décontractants musculaire. Depuis 3 jours ça commence à aller mieux. Je vais reprendre le sport dans 3/4 jours. C’est sûrement lié à mon genou droit pas encore au top du top. Sûrement lié à mes psoas 1000 fois trop contractés et sur sollicités dans ces entraînements et course escaliers. Sûrement lié à la position penchée en avant sur toute la montée du 3è étage … Un peu de tout ça.

Alors oui : Madame la Tour Eiffel. Je n’échangerai cette expérience pour rien au monde. Je suis tellement fière et heureuse de l’avoir fait. C’est une course à faire au moins une fois dans sa vie, clairement.

Mais non : Madame la Tour Eiffel. Je ne retenterai pas ma chance. Vous avez gagné haut la main. Pour progresser, il me faudrait m’entraîner au seuil cardio 2 fois par semaine, perdre 5 kilos minimum, et enclencher encore plus de renforcement musculaire spécifique 2 mois avant la course. Et je n’en ai pas trop envie.

Une fois c’est bien. La prochaine, je la laisse aux autres. Aux aventurières, aux championnes qui auraient envie de vous conquérir.

Donc oui, j’ai plus que kiffé cette course de la Verticale Tour Eiffel. Et je vous la recommande. Mais non, je ne la referai pas. Même pour tout l’or du monde.

Merci à WonderTrail pour toutes ces photos que j’adore !!

lucilewoodward

Je ne suis pas la coach des stars. Je me présente plutôt comme la coach sportif des vraies gens dans la vraie vie. Moi aussi j’ai un boulot, un enfant, un mari, des amis... Et je sais très bien à quel point il est difficile de rester motivé, de garder la forme, de garder la ligne dans nos vies d’aujourd’hui.

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Commentaires
  • Emilie 27 avril 2017 à 11:37 Répondre

    Bravo Lucile! Un championne au moral d’acier et humble comme un boudha…
    Namasté

  • vesper L. 27 avril 2017 à 11:48 Répondre

    Bravo pour cette performance ! En te lisant, moi qui n’ai plus du tout de souffle quand je cours (mais qui lis ton blog pour me remettre au sport en douceur !), je vois tout à fait de quoi tu parles quand tu parles de se faire saigner les poumons ! Sauf que moi qui n’ait aucun souci de santé particulier, j’ai cette sensation très très vite dès que je cours, aucun aucun souffle, dur dur ! je sais que ça se rééduque, mais comment?
    Sinon, en dehors du fait que sportivement je serai incapable de relever un tel défi, j’ai peur du vide et je me souviens que quand j’avais douze ans, j’ai péniblement redescendu les escaliers de la tour Eiffel en voyant le vide (mais bon, en montant, concentrée, et le soir, on fait peut-être moins attention?) car je ne supportais pas de voir le vide, ça me rend littéralement malade 🙁
    Bravo en tout cas !

  • Lemaire Stéphanie 27 avril 2017 à 12:09 Répondre

    Bravo championne 👏👏🌹🌹 effectivement c’est une chance unique à vivre au moins une fois dans sa vie.. mais comme tu le dis si bien, cet étau de fer qui se ressert et cette odeur.. pour l’avoir fait à pied, pliée en avant et ne pouvant plus respirer aussi et ce tournicoti… à oui 👏 👏 Lucile.
    Continue tes post que je regarde avec grand intérêt et prends soin de toi..
    Cordialement
    Stéphanie

  • Louloute 27 avril 2017 à 15:05 Répondre

    Toujours hyper humaine, hyper vraie, merci Lucile, tu es vraiment la coach qu’on aime avoir dans nos vies, grâce à tes plans d’entrainement, tes e-books, tes articles.
    Ton humilité te place au dessus de beaucoup d’autres mais je suis sûre que tu ne le sais pas 😉
    Merci ! Et encore ! <3

  • Cécilia 27 avril 2017 à 15:33 Répondre

    Toutes mes félicitations, merci pour cette honnêteté. Ton résultat est pourtant très bon pour une première fois, par rapport aux autres coureurs + en condition, par rapport à ton genou, par rapport à tout en fait ! BRAVO 🙂

  • Celine 27 avril 2017 à 16:13 Répondre

    Bravo pour cet exploit mais tu termines 26eme sur 32 femmes (et pas 18eme sur 25)

  • lucie 27 avril 2017 à 16:28 Répondre

    Bravo Lucile, et félicitations pour être allée au bout de ton défi! Je participe au marathon d’Annecy ce dimanche et je suis complètement en stress! C’est mon premier marathon, je flippe, mais j’espère vraiment le terminer, pour mes enfants, pour mon amoureux, pour mon coach, mais surtout, pour ma fierté perso! Ton témoignage m’angoisse un peu, mais me conforte dans ma volonté de tenter ce challenge, un de plus!
    En tous cas, bravo pour tout ce que tu nous apportes, tu es vraiment un modèle pour beaucoup d’entre nous! Et je ne fayote pas, je suis juste reconnaissante… Merci Lucile

  • Marie 27 avril 2017 à 18:28 Répondre

    Qu’est-ce que j’ai pu tousser pour la tower run de Marseille ! Ça me rassure il n’y a pas que moi 😂

  • Zinberg chimene 27 avril 2017 à 18:49 Répondre

    Bravo à toi t es 1 déterminé d ailleurs c est grâce à toi que je le suis aujourd hui ! Mais prend soin de toi j t en supplie on a besoin de toi 😘

  • Tiffany 28 avril 2017 à 13:03 Répondre

    Super témoignage ! Tu es plus que vraie dans ton récit et tout ça nous rend plus proche de toi que toutes ces « star » photoshopées sur les réseaux sociaux.
    Bravo pour cette performance, pour ton mental et pour ton autenticité ! J’adore !

  • angelo 4 mai 2017 à 12:53 Répondre

    Tout mon respect Lucile ! Tu es une guerrière. Ton mental a fait la différence… et merci pour ce magnifique partage d’expérience. La description de tes sensations m’a renvoyé à mes souvenirs d’entrainement en compétition de ski alpin, très intenses et violents parfois, mais quels souvenirs impérissables ! You did It. Bisous

  • Elodie 18 mai 2017 à 11:48 Répondre

    Je ne savais pas que cette course existait ! Respect car il faut le faire !!! 🙂

  • Guillemin 1 juin 2017 à 08:52 Répondre

    Salut Lucile,
    Bravo pour vos projets. J’avais tellement envie que vous veniez découvrir la Bretagne et surtout Vannes que je n’aurais jamais imaginé cela possible…. maintenant je commence à espérer… oui parce que même si j’ai suivi vos plans d’entraînement rien de vos le contact d’un coach à nos côtés enfin moi j’en ai vraiment besoin pour qu’on me pousse au delà de mes fausses limités…. alors je croisade les doigts…

  • CRETIN Didier 17 novembre 2017 à 19:37 Répondre

    Bonjour Lucile.
    Comment commencer autrement que par… BRAVO!
    quelle chance d’avoir pu participer a cette épreuve, de mon coté, j’en reve depuis deux ans et j’aimerais vraiment que ça passe cette fois ci !
    j’ai beau relever  » mes défis « , celui la me manque !
    En espérant un jour avoir cette chance, encore bravo pour ta perf, bravo pour ton chrono.
    Sportivement.
    Didier

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