Ces deux dernières semaines, deux grosses actualités concernant le sport des adolescents ont fait surface. Première info : le fait que 42% des adolescentes arrêtent le sport vers 15 ans.
Deuxième info : les enfants de sixième ne sont pas super forts en cardio et en souplesse, et beaucoup d’entre eux ne peuvent même pas courir 5 minutes.
Alors j’ai décidé d’en parler à mes enfants, qui sont les premiers au contact exact de ces âges-là. Ma fille a 11 ans, elle est élève de sixième et a participé à ces tests sportifs de début d’année. Il fallait courir pendant quelques minutes, effectuer un saut en longueur sans élan, toucher ses pieds debout jambes tendues.
Mon fils a 15 ans, il est élève en seconde, et côtoie chaque jour des adolescents et des adolescentes qui font ou ne font pas de sport.
Je vous propose dans cet article de lire d’abord l’analyse de mes enfants. Puis la mienne. Et ensuite dans les commentaires, n’hésitez pas à faire part de vos avis.
Voici ce que mes enfants m’en disent.
Sur les filles qui arrêtent le sport à l’adolescence
En sixième, comme en seconde, la préoccupation principale de beaucoup de jeunes filles est la beauté extérieure. Les cheveux, le maquillage, les vêtements. Lisse, lisse, lisse : rien ne doit dépasser, être différent des autres, ne pas montrer de naturel. Ma fille me raconte à quel point ses copines de sixième n’ont que 2-3 stylos dans leur trousse d’école, et le reste est surtout composé de gloss à lèvres, pinceaux pour les yeux et autres accessoires de retouche hair/make up pour la récréation. Mon fils confirme.
Selon mes enfants : la perspective de transpirer, être vue dégoulinante, rouge, maquillage qui coule, cheveux trempés à la racine… C’est non.
Mon fils m’explique que depuis la 6ème, la majorité des enfants dans sa classe ne souhaite absolument pas participer aux cours d’EPS. Surtout les filles “elles font exprès de ne pas faire de sport.” Elles n’ont pas envie. Point.
Une de mes jeune collègue m’indique aussi que les influenceuses “sport” sont tellement parfaites sur les réseaux (et il y en a énoméééééément) que ça freine au lieu de motiver. Les jeunes filles pensent “Je ne suis pas assez mince pour aller au sport”, “pas assez stylée”, “On va me juger”, “Je ne suis pas sportive”…
Règles, seins, jugement, regards des garçons
Pour ce qui est des contraintes du corps féminin et des changements corporels : “les règles” “les seins” etc… Font que certaines jeunes femmes ne sont plus à l’aise avec leur corps, ne savent plus comment bouger pour se sentir bien, ont peur du jugement, de se changer devant toutes les autres dans les vestiaires communs. Elles expriment le sentiment que leur corps devient objet de regards des garçons, et que c’est difficile à assumer dans un contexte de sport mixte au collège lycée.
Les copines de ma filles qui sont sportives et déjà reglées ne le voient pas comme un problème : elles savent très bien gérer leurs règles et le sport. “Mais certaines copines ont mal et ne veulent pas faire de sport à ce moment là, ce ne sont pas les sportives en club.”

Sur le cardio et le running chez les ados
Toujours selon mes enfants : il y a des élèves dans l’école qui font déjà pas mal de sport, qui pratiquent en club et qui se sont construits en tant qu’enfant sportif : il n’y a pas de problème. Ils assument dans leur personnalité à l’école d’être un enfant sportif, mouillent le maillot en cardio et sont vus comme des “héros de la classe” ou les forts en sport de la classe. Eux participeront à fond et auront des bonnes notes dans la plupart des activités EPS proposées. Ce sont surtout des garçons et quelques filles par classe. Ils sont très encouragés par les autres élèves à continuer. Mais n’inspirent pas les autres à s’y mettre.
Encore une fois : la majorité des élèves et surtout les filles n’ont juste pas envie de faire le sport EPS, ne veulent pas participer, point barre. Elles et ils n’ont pas envie.
Ce que j’en pense
Je pense avant tout que ces tests de 6ème sont beaucoup biaisés, car dès les premières semaines de classe : la personnalité se définit, et si des jeunes gens sont dans le jeu d’apparence, ils feront exprès – même pour ces tests – de ne pas faire de sport, de ne faire aucun effort. Donc beaucoup d’enfants en réalité peuvent courir 5 minutes, c’est juste qu’ils ne le font pas, parce qu’ils n’ont pas envie de le faire.
Ensuite, il y a un souci d’apparence ENORME pour les jeunes filles adolescentes. Ce n’est pas nouveau. Mais j’ai l’impression que c’est encore plus. Plus lisse, plus parfait. Certainement lié aux tendances filtres / make up ultra pro sur les réseaux sociaux. Et donc la réalité du sport n’a aucune place là dedans. Et pour le sentiment de sexualisation du corps, les regards, les complexes… Franchement c’était déjà le cas il y a 30 ans, lorsque moi-même j’étais au collège lycée. Rien n’a été fait en psycho pédagogie sociétale pour changer cela.
Ce que je retiens surtout c’est que si tu n’as pas été super sportif en primaire, c’est plutôt mort au collège lycée. Donc la responsabilité des animateurs de sport entre 6 et 10 ans est immense. C’est là que tout se joue.
Trop de focus compétitions trop jeune
Il faut s’en rendre compte : le sport comme il est proposé aux jeunes en France pour l’instant, n’est pas du tout attractif pour les masses. Il l’est pour les enfants de parents ultra investis dans le sport, qui encouragent à un peu de compétition et de confrontation aux autres – je m’inclus dans cette description.
Mais IL Y A TROP DE FOCUS COMPÉTITIONS DANS LES CLUBS SPORTIFS. Je l’ai vu partout, dans plein de sports que mes enfants et leurs amis ont pratiqué.
Matchs avec coachs déchainés qui parlent mal aux enfants, relégation en équipe B ou équipe C dès lors que tu rates 2 entrainements, parents pourris par message de la coach parce que leur fille n’était pas présente à un stage d’entrainement un week-end de Mai, debrief “déception du coach” alors que l’équipe n’est pas qualifiée en championnat de France, sélection de seulement 15 jeunes sur 45 à l’âge de 12 ans pour poursuivre dans le club qui a des ambitions régionales et nationales…
Tout ce que je vous raconte est du 100% vécu par moi ou des parents d’amis proches, dans des petits villages alentours pour des enfants sportifs totalement normaux.
Les choses ont changé !!
Il n’y a que très très peu de place pour la pratique du sport plaisir, sport loisir encadré pour les enfants en France. C’est soit tu es compétitif, soit tu es viré du club (ou on te fait sentir que c’est pas trop la peine de continuer). Et donc ça : ça rebute d’emblée certains parents qui n’ont même pas envie d’inscrire leur enfant de 6 ans au foot ou au hand, parce que s’ils ne les emmènent pas aux matchs tous les week-ends, l’enfants sera “viré”.
Les choses ont changé !! Les parents sont crevés et n’ont plus autant d’entrain à amener leurs enfants aux matchs tous les week-end. Les enfants aspirent à plus de liberté et de plaisir dans leur pratique sportive. À pouvoir plus facilement changer de sport aussi, ce qu’on voit toujours d’un très mauvais œil en France.
Si l’on veut que les ados fassent du sport : il faut qu’ils aient été habitués et très à l’aise dès très jeunes enfants. Avec du jeu, du fun et que ça perdure à l’adolescence.
L’hyper-spécialisation jeune est néfaste au haut niveau
Une immense étude explique désormais que les jeunes enfants spécialisés trop tôt dans leur sport ne deviennent pratiquement JAMAIS des sportifs de haut niveau national ou international. En effet : c’est la multitude des pratiques sportives enfant, et le plaisir pris pendant le sport qui sont les facteurs les plus importants pour prédire du très haut niveau d’un jeune athlète.

Entraineurs biberonnés à la compétition
Après : je comprends les entraîneurs qui ont été biberonnés à la compétition et qui sont “évalués” dans la fédération ou dans le club en fonction de leurs résultats sportifs. Ok pas de problème pour les enfants qui en ont envie. Mais dans ce cas-là ouvrons plus d’encadrement “loisirs”. Avec des vrais entraîneurs qui sont formés pour faire pratiquer du sport PLAISIR. Fun, sympa, où on se marre. Et les mettre très en avant aussi.
Perso déjà il y a 30 ans, j’en ai eu plus que marre de nager nager nager contre les chronos. J’ai arrêté mon sport d’enfance parce qu’il n’y avait pas de proposition de pratique “loisir” pour des gens de mon âge. C’était compétition ou arrêt. Je suis passée à d’autres sports. En rejetant la natation pendant 10 ans.
Trop de héros sportifs
Je pense également qu’on communique trop sur le sportif “super héro national” sur la performance, et pas assez sur le sport plaisir. Ok les M’Bappé, les Léon Marchand, les Perrine Laffont, les Pauline Ferrand Prevost. On les aime et on les soutient.
Jeanne, qui m’aide dans l’éditorial du podcast LONG LIVE m’a egalement partagé en début de semaine des profils de jeunes femmes “influenceuses fitness” (elles ne sont pas professionnelles de la forme) qui se montrent en train de faire du sport, mais en étant toujours parfaitement maquillée, coiffée, sans transpiration, poses de corps aux courbes “parfaites”… Non ce n’est pas ça le sport !! Le sport ça transpire, ça rougit, ça essouffle, ça décoiffe, ça pue un peu à la fin…
Il nous faut donc trouver un nouveau récit sur le sport plaisir. Je ne sais pas moi : je ne suis pas directrice marketing d’une agence de pub. Mais mettez un Kylian M’Bappé dans un city de foot et faites-le jouer avec des influenceuses beauté. Demandez à Léon Marchand de jouer au water polo avec des youtubeurs jeu-vidéo. Et voyez-les se marrer !! RIGOLER !!! Etre moche avec des cheveux transpirants : et en rire.
Les enfants n’en ont rien à faire de leur santé
Enfin, les messages de santé publique destinés aux enfants n’ont AUCUN INTÉRÊT. Le sport santé pour les enfants : ça ne marche pas. Surtout pour les ados. Entre 11 et 20 ans : les jeunes n’en ont rien à faire de leur santé, ils se sentent invincibles et ça ne risque pas de changer. Insistons sur le plaisir, le fun, le sport non compétitif, le jeu, le visage naturel dans l’effort.
Accompagnons nos enfants dans le jeu, le plaisir et le naturel, ils auront plus envie de faire du sport.