Sportifs de Moyen Niveau – les vrais super-héros

Salut, j’écris cet article de blog suite à l’expérience que je vis sur ma 1ère participation aux cross country départementaux / régionaux avec le club d’athlétisme que j’ai rejoint en Septembre dernier.

Pour résumer : mes enfants sont en club d’athlé depuis 4-5 ans. J’apprécie ce club et leurs entraîneurs dévoués. Mes ados participent chaque hiver aux championnats de Cross Country, je les encourage et suis leur plus grande fan, et j’avais envie de tester moi aussi. Je me suis donc inscrite à ce même club d’athlé, en groupe adulte perfectionnement, et je vis cette vie de sportif de moyen niveau. À savoir : ne pas être un champion, ne pas s’entraîner “pour gagner”. Mais faire mieux que “juste participer”. Donner des points à son équipe, s’arracher totalement sur le terrain pour finir plus ou moins au milieu du paquet. Gros apprentissage et grande humilité.

Autre morceau du contexte : par le hasard des réseaux sociaux, je suis tombée sur une vidéo d’un préparateur mental qui expliquait que c’était beaucoup plus dur de s’entraîner pour gagner que de s’entraîner pour être dans la compétition. Et là, mon sang n’a fait qu’un tour. Je ne suis pas forcément d’accord, d’ailleurs pas du tout d’accord en réalité.

Qu’est-ce qui est plus dur ? S’entraîner 20h par semaine, avoir des capacités génétiques hors du commun, bénéficier d’un staff ultra compétent qui vous encourage en permanence et ne penser qu’à ses entraînements ? Ou s’entraîner 5-10h par semaine en plus d’un job à plein temps, d’enfants à charge, de transports, et d’un entourage qui n’attend rien de vous sportivement, et se fiche pas mal de votre dernier temps sur semi-marathon ou classement sur Ten’Up ?

mot de la coach (2)

Prenons par exemple le microcosme du club d’athlé où je suis inscrite. Il y a 3 groupes. Le groupe “loisir” qui s’entraîne 2 fois par semaine, qui ne prépare pas vraiment de course et qui s’entraine pour s’améliorer un peu. Le groupe “perfectionnement” dont je fais partie. Qui s’entraîne pour des courses spécifiques, pour s’améliorer sérieusement mais dont aucun des membres ne performe vraiment dans aucune course. On arrive pas trop mal, certes, mais personne ne compte sur nous pour faire quelque chose de “dingue”. Et il y a le groupe “compétition”. Ils sont niveau régional ou national pour certains. Et on attend des grandes choses d’eux.

Physiquement : je m’entraîne pratiquement aussi dur que le groupe “compet”. Les fractionnés sont super intenses, on se pousse au max. Je fais aussi de la muscu à côté et je continue de nager 2 fois par semaine.

En revanche : je peux vous dire que psychologiquement, c’est beaucoup plus sympa pour le groupe compét. Par exemple après le cross de dimanche dernier : ce groupe champion a eu droit à un speech de l’entraineur dans les vestiaires, un boost de motivation pour ne rien lâcher. Ils se sont fait booster pour avoir une chance de rejoindre le niveau national, une explication sur leurs prochaines séances, pourquoi ce serait dur, ce qu’on attendait d’eux. Ils se sont sentis fiers et investis, je le sais car mon fils en fait partie.

Nous dans notre groupe : pas grand chose. Quelques messages sympas sur le groupe WhatsApp, et go s’entraîner comme tout le monde les jours suivants. Pas d’attente. Je suis allée parler à plusieurs des entraineurs / athlètes pour leur demander comment m’améliorer en course de boue car je me suis vraiment sentie mauvaise sur ces parties. Personne ne m’a trop répondu. J’ai eu des réponses du style : “ah bah là tu joues dans la cours des grands, donc c’est normal que t’arrives pas devant” ou “ouais c’est pour ça qu’on hésite à vous proposer ce genre de courses, parce que c’est compliqué pour vous”… Sans blague !? Mais je suis contente d’être au milieu du paquet les gars !! C’est quand même inespéré pour moi, donc aidez moi à m’améliorer même un mini peu !! Non. Je glane depuis dimanche ça et là des infos pour mieux m’entrainer aux cross. La muscu, les bras, les lombaires, le transfert de force, la foulée plus compacte et basse, pas de rebondi … Vidéos Youtube, livres, compilation personnelle de coach. Je compose comme je peux, et je suis une professionnelle de la forme donc j’ai quand même un petit avantage. Je le vis bien, car j’aime ça. Et comme la plupart des sportifs de moyen niveau : on se fait plaisir à soi-même. Mais malgré tout : c’est très dur !! En plus de tout le reste.

Alors, au niveau prépa mentale / prépa physique : qu’est-ce qui est plus dur ? Enchaîner des fractionnés pour arriver 75ème au lieu de 82ème sur la course ? Ou enchaîner des fractionnés pour tenir le top 10 le jour de la course et recevoir toute l’attention du club ? Le niveau de ressenti de difficulté est le même je rappelle. On ressent la même chose quand on tient sa vitesse max, que l’on soit athlète de haut niveau, moyen niveau, ou petit niveau.

Le sportif de moyen niveau fait tout, tout seul. Ses choix alimentaires, ses choix de courses, ses auto-massages, décider s’il s’entraîne ou pas, décider s’il va voir le kiné ou pas, s’il dîne avec ses enfants ou s’il va nager à la place… Comprenez par là que le sportif de moyen niveau est au plus haut de la charge mentale. En plus de ses entraînements, il doit performer au travail, s’occuper de sa vie de famille, prendre des décisions permanentes qui augmentent sa fatigue centrale. Fatigue qu’il s’auto-inflige par choix. Sans que personne autour de lui ne s’intéresse vraiment, ou ne s’exclame devant sa “moyenne” performance. Après tout, un 10km run en 50min, 40min : c’est bien mais c’est pas ouf. Et pourtant quand on cherche à grapiller une minute à notre moyen niveau : c’est tellement dur !! C’est aussi dur que pour un sportif de haut niveau. Mais sans les encouragements, le soutien psychologique autour, le soutien médical ou financier.

mot de la coach (4)

Bref : avec cet article de blog je voulais tirer mon chapeau à tous les innombrables sportifs de moyen niveau – et je m’inclue bien sûr dedans. A tous ceux qui font plus que participer. Les 95%, la majorité silencieuse. Ceux grâce à qui les champions excellent. Car pour qu’il y ait un premier, il faut qu’il y ait un second, un dixième, un 200ème etc… C’est grâce aux moyens niveaux que les premiers gagnent et brillent, ne l’oublions pas.

Aux 95% des “sportifs de moyen niveau” adultes et enfants, qui s’acharnent à gagner 2 minutes par ci, 3 secondes par là, grappiller une place… Je sais, je vous vois, je vous comprends. À vous qui excellez dans l’auto-détermination, l’auto discipline permanente sans but réel – que votre propre auto-satisfaction. Chaque jour. Chaque minute. Je vous tire mon chapeau.

Faisons plus pour nous. Félicitons-nous plus. Encourageons-nous plus. Rencontrons-nous plus. Car c’est bien nous qui constituons la force centrale du sport de compétition. Et nous sommes beaucoup plus forts que nous le croyons.

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