Alors que les apéros rosé / cocktail vont bientôt refaire leur apparition annuelle (oui on y croit au printemps été !!), la moindre consommation d’alcool chez les français continue de progresser.
Et ça c’est bien ! Bien pour votre cerveau, vos artères, votre cœur, votre humeur et votre santé mentale, bien pour la sécurité routière, pour les violences domestiques etc…
Sauf que côté « dialogue social », c’est encore très compliqué. Pour preuve, l’échange télévisé entre Léa Salamé et Arthur, comédien. Vous l’avez certainement vu plusieurs fois. Au moment où l’acteur répond sur ses stratégies pour faire face à l’anxiété : ne plus boire d’alcool, arrêter de fumer… Léa Salamé réagi sans penser. « Vous êtes devenus chiants ! »
Je ne vais pas débattre si l’on est chiant ou pas quand on ne boit pas. Parce que ce n’est pas le sujet. « Être chiant » ça ne veut rien dire, c’est subjectif et chacun met le curseur de chiantise là où il veut. C’est peut être chiant pour quelqu’un de ne pas boire d’alcool avec son ami. Et c’est chiant pour une autre personne de boire de l’alcool et de mal dormir, déprimer, se sentir mal pendant plusieurs heures après…

Non je pense que le sujet c’est la réaction automatique que l’on a socialement mis en place à grande échelle, quand on est confronté à quelqu’un qui ne boit pas.
Tu ne bois pas = tu es chiant. Réaction automatisée sociétalement. Rendez vous compte de cet automatisme.
Alors qu’en réalité, on n’est pas obligé de réagir à quelqu’un qui ne boit pas. On peut juste répondre. Ok tu ne bois pas d’alcool, tu bois quoi à la place ? Ou, pourquoi est-ce que tu ne bois pas aujourd’hui alors que tu bois d’habitude ? Tu es malade ? Tu en as marre de boire ? Pourquoi ? Comment je peux t’aider ?
Répondre, plutôt que réagir. La réaction est le niveau zéro de réflexion humaine, animale. Action – réaction. Souvent dans ces 3 catégories : fight, flight, freeze. En l’occurrence : « vous êtes devenu chiant » c’est du fight. On combat une position qui nous est opposée.
Alors que répondre, ça demande peut être un temps d’arrêt, de réflexion. Et aussi une écoute de la position de l’autre. Tu ne bois pas pour diminuer ton anxiété. Mais comment est-ce que tu as fait le lien entre ton état anxieux et ta consommation d’alcool. Comment tu t’en es rendu compte ? Quelle est la différence concrètement ? Comment tu as fait pour boire moins d’alcool ? Est-ce que je peux t’aider ?
En matière de mode de vie, il y’a beaucoup trop de réaction, pas assez de réponse.
Tu manges végétarien le soir = tu es ennuyant !
Tu fais du sport tous les jours = tu es obsédé !
Tu ne bois pas de soda = tu es en régime extrême !
Tu te couches tôt = tu es vieux !
J’en passe !!

De la réaction à la réponse humaine en 4 étapes.
Vous pouvez améliorer votre réponse, votre répondant, votre humanité : En augmentant votre curiosité envers l’autre et diminuant votre niveau de certitudes.
Pour répondre au lieu de réagir, voici comment s’y prendre :
- Se rendre compte que l’on est choqué / interloqué et que l’on est sur le point de réagir (se rendre compte de ses pensées, de sa façon de penser : c’est la 1ère étape de la méditation, la plus importante !)
- S’excuser si l’on a réagit, expliquer que l’on vient de s’adonner à une réaction automatique et que ce n’est pas ce que l’on pense réellement. Par exemple : “Attends! Je suis désolée pour cette réaction je me rends compte que c’est une réaction automatique, ce n’est pas du tout ce que je pense vraiment. Tu n’es pas chiant !!”
- Poser une question sincère, pour s’intéresser à l’autre et se donner du temps pour réfléchir à une réponse. Par exemple : “Alors dis-moi, tu ne bois pas juste ce soir, ou pour un temps plus long ?”
- Répondre avec douceur. Sans parler de soi « moi je, moi je… » dire par exemple qu’on ne se rendait pas compte des difficultés de la personne, et qu’on se tient à l’écoute pour l’aider dans son cheminement.
Cela vous parait surfait, bizarre ? Pourtant, c’est comme cela que l’on progresse. En s’obligeant à travailler un dialogue serein, un peu “prompté” au début. Pour qu’au fur et à mesure on arrive à trouver nos propres mots, nos propres réponses à nous. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la réponse d’Arthur, qui a failli réagir en commençant par un « mais je t’emmerde » mais qui s’est ressaisi en expliquant qu’il est mieux vu d’arrêter la coke que l’alcool.
Et je dirai même que c’est mieux vu d’arrêter les grignotages, le sucre, la viande rouge, que l’alcool. Genre s’il avait dit : « j’ai arrêté de manger des burger et des sodas » tout le monde aurait répondu « ah oui, super, et ça va ? Ce n’est pas trop dur ? Vous tenez ?… » On aurait eu de la compassion, de la sympathie.

Pourtant l’alcool et le tabac sont les deux pires fléaux de l’humanité et notamment des français.
Pour finir par une touche personnelle : je suis fièrement sobre depuis Janvier 2023 ! Après presque 5 mois sans une goutte d’alcool, je rebois rarement, entre 2 et 4 verres max de vin par semaine. Alors que j’en étais à 15-17 verres par semaine vers 2020-2022.
J’ai moi aussi essuyé quelques « oh mais t’es chiante de plus boire maintenant !! » auxquels je n’ai ni réagi, et souvent même pas répondu. La plupart de mes amis / entourage ont appris à répondre ou à ne pas réagir à mon nouveau mode de consommation d’alcool. Et je suis beaucoup mieux mentalement et physiquement depuis que je ne bois plus.
Même si j’avoue que c’est de plus en plus facile d’en parler, parce que les messages font leur chemin, et qu’après 40 ans, on est de plus en plus nombreux à beaucoup moins boire !!
Et vous, quelle est votre réaction / réponse quand l’un de vos amis ne boit pas à votre soirée ? Avez vous déjà travaillé les 4 étapes de la réponse humaine ?
Lucile,




