Salut à tous, en milieu de semaine sur Instagram, j’ai brièvement expliqué comment l’épaule devait passer au dessus du coude lorsque l’on nage. Et je ne m’attendais pas à recevoir autant de réponses de personnes qui n’ont pas compris ou demandé des précisions. C’est vrai que depuis longtemps je me dis qu’il faut que j’écrive un article de blog sur l’amélioration de la nage quand on est adulte. Alors voici. Partons de ce constat que le progrès en tant qu’adulte est très difficile. Ensuite je vous expliquerai pourquoi les battements et la tête hors de l’eau sont les problèmes techniques les plus courants – et liés à un apprentissage trop axé compétitions. Enfin il faut absolument que l’on parle du système de formation totalement verrouillé pour devenir maître nageur.

1. C’est tellement dur de mieux nager quand on est adulte.

Faisons ce constat et avançons là-dessus. C’est possible d’améliorer sa nage une fois adulte, mais c’est difficile. Les cours “masters” sont blindés de monde. 15 nageurs par ligne. Le coach pas hyper disponible pour corriger la nage. Perso, j’ai essayé à deux reprises de rejoindre des cours masters. Mon mari également dans 3 clubs différents. Et on n’a jamais vraiment accroché. Trop dur, ou trop tard le soir, ou trop de monde, ou trop m’en-foutiste…

On peut sinon prendre des cours particuliers, mais ce n’est pas simple. Les maîtres nageurs sont déjà 100% pris par leur travail en accès public et en club. Il y a pénurie de maîtres nageurs (lire le numéro 5). C’est possible, mais ça n’est pas simple.

Personnellement, j’utilise le livre de la méthode Swim Smooth à laquelle je suis entrain de me former. Je demande régulièrement à des maîtres nageurs de me filmer en train de nager. Ils n’acceptent pas toujours et ça n’est pas hyper aisé de leur demander j’avoue… Et comme vous : j’avance à tâtons.

2. On garde trop les mauvaises habitudes

La natation est un sport de sensations, d’appuis dans l’eau. Hors, beaucoup d’enfants ont vaguement appris à nager à l’école ou en cours à l’âge de l’école primaire, puis plus rien. Aussi : on se déplace dans l’eau pour avancer en flottant. Mais on ne nage pas vraiment. Je vois tellement d’adultes, qui moulinent dans l’eau : trop dommage !!

L’eau est 800 fois plus dense que l’air. Donc l’idée de la natation c’est de s’appuyer sur l’eau – qui est dure !! – pour avancer. Comme on s’appuie sur un mur ou sur une échelle pour monter dessus. On s’appuie sur l’eau pour que l’épaule passe au dessus du coude. Comme un super-héros s’appuierait sur les barreaux d’une échelle pour la monter en traction.

Autre très très mauvaise habitude d’enfant : garder la tête hors de l’eau ou la moins immergée possible. C’est au départ ce qui fait le plus peur avec la natation : manquer d’air. Donc on a vite le mauvais réflexe de se verticaliser et d’avancer avec la bouche et le nez hors de l’eau pour être bien sûr de respirer à tout instant. Non, dommage. Quand on nage la brasse ou le crawl, on cherche à avoir le regard en direction du fond de l’eau, donc la tête totalement immergée, et à respirer très très proche de l’eau. Oui quand on nage, on a tout le temps de l’eau dans la bouche. C’est normal. Il faut apprendre ou ré-apprendre ça quand on est adulte.

bog une natation équipement

3. Moins de battements de jambes

C’est LE problème majeur des adultes en crawl : trop de battements et surtout des battements inutiles. C’est là qu’on voit des gens hyper en forme : qui courent tellement bien, qui sont hyper forts au crossfit par exemple, et qui galèrent tellement en nageant en ne pouvant même pas tenir 25m. C’est un souci de technique et surtout de sur-utilisation des jambes de façon inutile.

1ère chose : allongez vos jambes. Les battements se font jambes pratiquement tendues, pas de genoux pliés. Le mouvement vient de la hanche !!

2ème chose : Assouplissez vos chevilles. Le battement se fait grâce à un pied très souple qui fouette l’eau. Beaucoup de runners / marcheurs (et donc triathlètes) ont des pieds beaucoup trop raides et doivent absolument travailler la souplesse des chevilles pour nager.

3ème chose : remontez les pieds à fleur d’eau. Et pour cela : regardez vers le fond du bassin, et descendez vos bras à 10-20cm sous l’eau quand vous glissez devant. Votre caisson de flottaison ou bulle de niveau est haute : les poumons chargés d’air sont dans les côtes. Donc pour faire le poids par rapport aux jambes il faut que le haut du corps (buste, tête, bras) aille en “direction” du fond de l’eau.

Tous ces éléments : je les partage lors de mes swim class. Vous avez déjà entendu parlé de ces éléments ? Je ne pense pas !!

Et la suite vous explique pourquoi.

4. Un apprentissage club trop lié au sprint

Cette réflexion est liée aux battements finalement. Parce que lorsque l’on voit les nageurs aux jeux olympiques, on les voit faire des battements de fou avec plein de mousse derrière eux. Et quand on apprend à nager enfant en club, on apprend à faire un max de battements pour faire un chrono sur 50m, 100m ou 200m crawl. C’est de l’apprentissage sprint, comme si – en équivalent course à pied – on apprenait aux enfants à courir un 100m Usain Bolt, 400m Marie-José Perec vous voyez ?

Le sprint de course à pied n’a rien à voir avec un 5km, 10km, marathon en terme de technique, de légèreté, de force mise dans les jambes et les bras.

En natation c’est pareil : l’immense majorité des adultes aspire à nager 30 minutes sans s’arrêter en piscine, à peut-être nager 750m ou 1500m sur un triathlon, ou à nager en eau libre sur plusieurs kilomètres. Et là pour le coup : rien à voir !! La technique de nage en crawl longue distance est totalement différente de la nage sprint.

Pratiquement pas de battements, un bras – un battement, plus de glisse, moins de force, plus d’allonge.

Moi-même nageuse d’eau libre : je ne pourrai jamais jamais tenir un 5km nage sur le rythme d’un 200m sprint. Impossible ! Et j’ai vraiment dû apprendre à couper les battements, à rétrécir mon tunnel dans l’eau, à faire moins de bruit, à engager les hanches plus que les épaules. Chose que l’on n’apprend JAMAIS en club !!

Alors bien sûr que les entraînements, même adultes, se font avec des fractionnés, des accélérations. Mais des accélérations sur longue distance : 200m, 400m. Très peu de battement avec planche, beaucoup de nage avec palmes pour justement NE PAS FAIRE DE BATTEMENT ! Ou pour connecter un bras une jambe.

5. Un système professionnel verrouillé

Je vous partage mon expérience de coach. Je suis donc diplômée d’État pour enseigner les activités de forme et de force en groupe et en individuel. J’ai demandé à 3 différents instituts de formation : 2 Creps, 1 UCPA pour devenir maître nageur. Leur réponse est sans appel. Malgré quelques équivalences et donc allègements de quelques heures, il faudrait que j’arrête de travailler pendant 12 mois voire 18 mois pour acquérir la compétence de maître nageur. Une formation en alternance ultra longue pendant laquelle il faut passer des semaines en piscine en surveillance, donner des cours d’aquagym et aquabike, apprendre à gérer les doses de chlore pour la qualité de l’eau… Tout cela pour un coût faramineux de formation : 6 000€ (qui peut être payé par la piscine dans laquelle tu fais l’alternance) sur une base de 35h/semaine.

Je comprends que ce soit les rôles des maîtres nageurs de faire tout ça. Mais je suis persuadée que ça bloque totalement le job. On a besoin des maîtres nageurs qui fassent aussi quelques heures par semaine. Pour entraîner des adultes par-ci par-là. Tout comme il y a des coachs d’athlétisme à 100% dans les clubs. Et des coachs sportifs formés “athlé santé” qui ajoutent une compétence fédérale à leur éventail de formation.

Ce diplôme “Coach Athlé Santé” de la fédération d’athlétisme, s’adresse aux professionnels de la forme qui ont été sélectionnés pour leur motivation et leur capacité à courir quand même assez bien. Ils proposent, en quelques sessions intenses sur 3 mois, de pouvoir proposer des séances de course à pied structurées pour les adultes. Voilà !! C’est de ça dont on a besoin. D’une porte ouverte plus facilement.

Sachez le : si vos piscines sont souvent fermées, si les clubs de natation sont blindés, si l’apprentissage de la nage en France est si compliqué c’est pour cela !! Il y a une réelle pénurie de maîtres nageurs dans notre pays. Résultat : on a des surveillants de baignade, ça oui, car la formation se fait en 15 jours. Mais pas de maître nageur car la formation EST VERROUILLÉE et coûte 6 000€ et 18 mois de vie… Bien sûr ce ne sont pas des jobs à prendre à la légère, mais on a besoin d’ouvrir la formation beaucoup plus largement pour donner de l’air à l’apprentissage de la nage.

Je rappelle que les noyades ont augmentées de 20% entre 2015 et 2021. Car les gens NE SAVENT PAS NAGER !!! Parce qu’il n’y a PAS ASSEZ DE MAITRES NAGEURS dans notre pays.

Bref : pour ma part, je suis entrain de me former à la méthode Swim Smooth que je trouve brillante et moderne. Surtout basée sur la nage longue distance triathlon, nage en eau libre, swimrun. Et lorsque je propose mes stages de swimrun, ou initiation de nage en eau libre, ou swim class : j’embauche un maître nageur et/ou surveillant de baignade avec moi pour m’épauler et assurer la sécurité.

À bientôt autour d’une piscine, d’une swim class, d’une nage en eau libre, ou d’une initiation !!